Où en est le football haïtien aujourd’hui ? Par Ricot Saintil

Où en est le football haïtien aujourd’hui ? Par Ricot Saintil

Le football haïtien vit, depuis la fin de 2019, avec les mouvements de protestations contre Jovenel Moise, la crise sanitaire mondiale et les accusations portées contre le Dr Yves Jean-Bart, l’un des moments les plus sombres de son histoire. L’instabilité politique et l’insécurité à grande échelle, qui gangrènent le pays, ont mis à l’arrêt la série retour du championnat national de première, vers la fin de 2019 avec l’épisode « Peyi lòk ».

En effet, le Covid-19, depuis son apparition dans le pays, a laissé très peu de chance au championnat national de première division qui, à plusieurs reprises, a débuté puis stoppé, en raison des risques sanitaires. Enfin, l’éviction de M. Jean-Bart, dans les conditions que l’on sait de la Fédération haïtienne de football (FHF), a coupé systématiquement l’élan de nos différentes sélections nationales, forcé les jeunes talents de l’Académie Camp Nous à quitter le pays. Aujourd’hui, où en est le football haïtien ? Cette question mérite d’être adressée, au regard des différentes actions et décisions du Comité de normalisation, mais aussi du « m’en foutisme » des dirigeants du football, en Haïti.

Le Championnat national de première division est le miroir du fonctionnement de la FHF. Il conditionne l’existence même du Bureau fédéral. Ceci explique pour quoi, malgré les problèmes économiques criants auxquels font face les clubs de football, depuis toujours, la Fédération s’est toujours assurée du déroulement du championnat. Les conditions dans lesquelles se jouent les matchs sont parfois désastreuses, ne répondant pas aux besoins des footballeurs, et fort souvent ne sont pas bénéfiques aux sélections nationales. Malgré les conditions précaires, la fédération, les clubs, les joueurs et les fans ont tout fait pour garder en vie le football.

La situation aujourd’hui et depuis quelques temps, c’est que le championnat national est tributaire de la situation politique, dépendant de la crise sanitaire, mais aussi marginalisé par ceux qui sont aux commandes de la FHF. Ce n’est pas véritablement l’arrêt du Championnat national, qui pose problème, mais surtout l’incapacité, voire l’indifférence des responsables vis-à-vis des clubs. Le Comité de normalisation n’a jamais abordé les problèmes de fonds avec les dirigeants de clubs, il n’a pas, non plus, pris le temps de s’enquérir des obstacles auxquels font face les équipes. En somme, il n’a pas posé en priorité les problèmes du football national. Donc, pour un comité, dont la mission consiste à normaliser, c’est-à-dire, travailler au redressement du football haïtien, son travail, jusqu’à date, notamment sur le Championnat national de première division, se révèle inefficace. Donc le Championnat national de première division, miroir du Bureau fédéral, projette un avenir sombre.

La situation de nos Sélections nationales frôle la catastrophe. Les compétitions internationales auxquelles ont participes deux de nos sélections (U23, Senior) sont soldées par un cuisant échec. Les U 23 se sont fait humilier au Mexique et la Sélection senior a vécu une organisation calamiteuse, provoquant le mécontentement de certains cadres. Donc, la gestion de nos Sélections s’est révélée désastreuse. Le choix du sélectionneur Jean Jacques-Pierre, sans expérience de haut niveau, n’a pas porté fruits. L’Académie Camp Nous sur laquelle reposaient nos Sélections de jeunes et la Sélection féminine de football ne peut aujourd’hui répondre à ses objectifs de dé part. Plusieurs jeunes sont renvoyés chez eux. La majorité des filles, dans la vingtaine, ont dû faire leurs valises. Elles sont, pour la plupart, aux Etats-Unis, abandonnant le ballon rond pour toujours. Mais, le Comité de normalisation a banalisé, voire craché sur des années d’investissements en mettant dehors plusieurs jeunes de l’Académie Camp Nous et en décimant les équipes de jeunes.

Il faut considérer aussi ce que j’appelle le « m’en foutisme » des dirigeants du football, en Haïti. Ces derniers ont accepté sans broncher les différentes décisions de la FIFA relatives au dossier du Dr Jean-Bart. La FIFA a décidé de passer outre aux dispositions statutaires de la FHF pour introniser un comité de normalisation, en lui donnant mandat, sans consulter les dirigeants de clubs, qui sont des acteurs clés. Elle a choisi deux inconnus sortis de nulle part comme membres du Comité, elle a tout simplement ignoré leur existence. La FIFA en agissant ainsi, c’est-à-dire de manière unilatérale, ne se souciait pas véritablement du devenir du football haïtien. Et comme des pantins, les dirigeants sont restés dans leur silence sans rien dire et sans rien faire. Ils ont constaté, comme des fainéants, le dysfonctionnement de l’organe suprême de la FHF, à savoir le Congrès représenté par les délégués de Clubs. Pour une fois, on attendait des dirigeants de ceux-ci qu’ils fassent montre de capacité et de responsabilité. Ces derniers devraient se mettre ensemble pour soumettre un cahier de charge à l’attention de la FIFA. Car ils avaient la possibilité de faire valoir leur droit, comme il se doit. Mais la phobie du Blanc a eu raison d’eux.

L’impression que donnent ceux qui, d’une façon ou d’une autre, militent dans le milieu du sport, en Haïti, c’est que tout leur est égal, rien ne les intéresse. Tout ce qui leur importe, c’est de pouvoir aligner 11 joueurs sur le rectangle vert, espérant faire des recettes à la barrière. L’avenir du football, le développement du jeu ne les intéresse pas. Le pire, peu importe ceux qui sont aux commandes s’en foutent pas mal. Donc avec de pareils dirigeants, le sport roi risque de mourir à petit feu.

À la question de savoir, où en est le football haïtien aujourd’hui, il faut répondre qu’il est dans la rue (atè plat), sans de véritables responsables capables de donner le ton, de redresser la barre, de travailler à son plein épanouissement et d’œuvrer à le moderniser. Il est aussi dans la rue parce que, les dirigeants d’aujourd’hui n’ont aucune vision moderne et futuriste pour le football, ils s’en foutent pas mal de l’avenir de nos joueurs et de nos sélections. Ils s’en font qu’à leur tête, qu’à leur capital social, économique et politique. Une telle réalité est une honte pour notre sport roi. R.S.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur VOL. LI, No. 30 New York, édition du 11 août 2021, et se trouve en P. 16, 9 à  h-o 11 aout 2021