Le directeur général de la PNH en justice pour crimes par Éditeur

Le directeur général de la PNH en justice pour crimes par Éditeur

Un événement paradoxal vient de surgir en Haïti : Une semaine après son investiture comme directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), le nouveau numéro un de cette institution est poursuivi en justice, sous l’accusation de crimes contre la population. Une équipe d’au moins trente avocats ont été présents lors de la déposition de cette plainte, à son encontre, au cabinet du juge d’instruction, suite à la répression brutale d’une manifestation pacifique par des policiers sous son commandement, le jour de la commémoration de la Bataille de Vertières, le 18 novembre. Par ce geste, il exprime son allégeance au chef d’État haïtien, Jovenel Moïse, dont la répression sanglante des mouvements de protestation contre son gouvernement est solidement établie.

Le premier acte posé par Léon Charles, rappelé au poste qu’il occupait avant d’être transféré, en 2005, comme ministre conseiller attaché à la Police, à Washington, États-Unis, fait de lui un « tortionnaire ». En ce sens, il renoue avec son passé d’ancien directeur général ayant transformé l’institution en repaire d’assassins, de kidnappeurs et de voyous. Sa première prestation, après son retour comme DG, à la Police nationale, prend de court les observateurs qui s’imaginaient que la carrière de diplomate dans laquelle il évoluait, avant d’être rappelé à la direction de la PNH, la semaine dernière, avait suscité un changement de comportement de sa part. Surtout que des voix s’étaient élevées pour l’encourager à éviter de céder à la tentation de suivre Jovenel Moïse sur le terrain de la répression sanglante des manifestations qui allaient se produire, dans les quelque soixante-douze heures qui suivirent son investiture. Mais son instinct naturel a eu raison de lui. Désormais, le bilan désastreux de la journée du 18 novembre se dresse en accusation contre lui et ses alliés, dans le cadre du procès intenté.

En effet, le nouveau DG n’a fait que marcher sur les brisées de ses prédécesseurs, du plus immédiat en particulier, qui se sont signalés par des scènes odieuses de violence sur la personne des manifestants pacifiques et sans armes. Retourné comme chef de la PNH, en tant que diplomate, Léon Charles n’a rien de diplomate. C’est sans doute la raison qui a porté Jovenel Moïse à jeter son dévolu sur lui pour remplacer Normil Rameau. En clair, celui-là était décidé à éloigner les manifestants de l’aire du Champ-de-Mars, où se trouvent la résidence officielle du chef de l’État et les sièges de cérémonies autorisées, par tous les moyens, tout en privilégiant la force brutale. La prestation de Normil Rameau, au cours des mois qu’il a passés à la tête de l’institution policière, ne l’ayant pas autorisé à croire qu’il serait à même te tenir les protestataires à distance, M. Moïse a décidé de faire appel à quelqu’un dont il pouvait s’assurer la barbarie aveugle de policier dévoyé, en la personne du directeur général. De toute évidence, alors que d’autres se faisaient d’illusion au sujet du successeur de Rameau, Jovenel Moïse, quant à lui, savait pertinemment qu’il pouvait compter sur Léon Charles pour gazer, bastonner les manifestants, voire même leur passer dessus avec leurs véhicules.

Alors que les policiers déployés sur le macadam, le 18 novembre, laissaient circuler sans les inquiéter les manifestants qui marchaient sur l’ambassade américaine, avec l’ex-sénateur Moïse Jean-Charles en tête, sous prétexte qu’ils avaient signalé leur itinéraire à la Police, ceux qui se dirigeaient vers le Palais national ont connu la fureur des policiers. Selon les déclarations faites par un de ces derniers, tous les protestataires devaient se converger vers la Mission diplomatique des États-Unis, parcours pour lequel autorisation avait été sollicitée. Alors que la foule, qui a répondu à l‘appel à manifester qu’avaient lancé les partis, regroupements politiques et organisations liés au secteur démocratique et populaire, savait que ces derniers avaient en leur possession des documents prouvant que les autorités policières étaient bel et bien informées de la tenue de la manif qui a été dispersée brutalement.

Certes, les hommes de Léon Charles sont tombés à bras raccourcis sur les manifestants, qui se dirigeaient vers le Champ-de-Mars, mettant à contribution la panoplie de moyens de répression dont ils disposent. Aussi ont-ils lancé des bombes lacrymogènes sans discrimination dans toutes les directions, sans se soucier de l’impact de cette substance nocive sur les résidences qui longent le parcours de la manifestation. Comme, par exemple, le personnel de l’ambassade de France, dont certains auraient connu de mauvais moments. Les militants ont été également malmenés par des policiers tirant des balles de caoutchouc, ainsi que d’autres lançant des balles vives. Bien qu’aucun bilan exact n’ait été établi, on rapporte qu’il y a eu au moins deux morts; sans compter les blessés, qu’on estime à plus d’une cinquantaine; sans oublier sept arrestations effectuées.

Dès le lendemain de ce nouveau car nage perpétré par la PNH contre les manifestations pacifiques, les avocats des victimes avaient annoncé qu’une plainte allait être déposée contre le chef a.i. de la Police nationale. Joignant le geste à la parole, ces hommes de loi, accompagnés de plaignants et d’un grand nombre de militants, se sont présentés au tribunal, le lundi 23 novembre, aux fins de déposer leur plainte contre Léon Charles, accusé de meurtres, de tentatives de meurtre et d’association de malfaiteurs. Parties prenantes de cette initiative, les dirigeants de l’opposition ont tenu à être présents, en guise de solidarité aux victimes et à leurs familles, en sus d’appui au mouvement oppositionnel contre Jovenel Moïse, en général, sa camarilla et l’équipe PHTKiste au pouvoir.

Le document, adressé au juge d’instruction du Tribunal de première instance de Port-au-Prince, a pour objet : « Plainte avec constitution de parties civiles contre M. Léon Charles, directeur général a.i. de la Police nationale d’Haïti (PNH) et consorts, pour assassinat, tentatives d’assassinat, association de malfaiteurs, abus d’autorité et violations des droits humains ».

Les victimes sont identifiées dans la plainte comme Makendy Vildieu, tué au Champ-de-Mars; les citoyens Gesma Léger, Jean Rony Jacques, Pierre Denizé, victimes de tentatives d’assassinat, tous demeurant et domiciliés à Port-au-Prince.

Les demandeurs sont représentés par les avocats : André Michel, Marc Antoine Maisonneuve, Iswick Théophin, Darline Moïse et Jacques Philip – pe.

L’acte d’accusation signale que notification de la tenue de la manifestation, qui avait drainé des dizaines de milliers de personnes, avait été acheminée à la Direction départementale de l’Ouest, par l’entremise d’un huissier. De surcroît, le texte fait état du caractère pacifique de la mobilisation témoigné également par les représentants de la presse parlée, écrite, télévisée et en ligne.

En clair, au nom des plaignants, victimes de la répression aveugle des policiers, les avocats font état du caractère gratuit, arbitraire et illégal du comportement des policiers ayant participé au carnage du 18 novembre. À cet effet, le directeur général a.i. de la PNH, Léon Charles, ainsi que les policiers associés à ces actes barbares et inimaginables sont cités comme parties prenantes, individuellement et solidairement, dans la plainte.

Si Jovenel Moïse et son équipe ne sont pas en cause dans cette plainte, il faut s’attendre à ce qu’ils soient l’objet, à leur tour, de plaintes séparées ultérieurement. Puisque, l’ordre de casser brutalement la manifestation du 18 novembre 2020 a été, à coup sûr, donné par le Palais national. D’ail leurs, les policiers haïtiens, respectant les mots d’ordre du chef de l’État, avaient agi de la même manière, à l’occasion des manifestations précédentes. On se rappelle fort bien qu’il ne se passe jamais de mobilisation de l’opposition en Haïti, dans le passé, sans qu’il y ait eu de victimes mortes, blessées et arrêtées.

La poursuite judiciaire contre Léon Charles est un bon début. Il faut attendre maintenant que Jovenel Moïse et ses complices au sein du pouvoir et hors du gouvernement répondent, eux aussi, de leurs responsabilités dans ces actes criminels.


cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur, VOL. L No. 46, édition du 25 novembre 2020, NYC US, et se trouve en P. 10 à : http://haiti-observateur.info/wp-content/uploads/2020/11/H-O-25-novem-2020.pdf